Marie-Christine Terroni, présidente du Paris FC : «80 % des joueuses de D1 vivent d’un double projet»

Avec le PSG et Fleury, Paris FC fait partie des trois clubs d’élite du foot féminin de la région parisienne et il a envoyé deux joueuses en équipe de France, Charlotte Bilbault et Gaëtane Thiney. Pour autant, les championnes de ce rare club à proposer un centre d’entraînement commun hommes-femmes, doivent concilier sport de haut niveau et vie professionnelle… ce qui ne leur déplaît pas forcément. Echange avec Marie Christine Terroni, présidente de la section féminine.

La coupe du Monde se joue pour la première fois en France, en quoi cet événement constitue-t-il un tournant pour le foot féminin ?

Marie Christine Terroni : Médiatiquement l’ampleur va être phénoménale. Les stades vont être pleins et les yeux du monde seront tournés vers la France. J’espère que, comme en 1998, l’équipe de France sera portée par son public, que cela leur donnera des ailes et que l’on va vivre un truc de folie. Imaginez si demain les bleues gagnent la coupe du monde, ce que cela va être! Je constate déjà l’engouement dans mon entourage. Les petites filles jouent au foot, il y a des albums Panini, tout le monde en parle et le nombre de licencié-e-s nouveaux devrait être énorme. Après, il faut continuer à structurer les clubs. Sur la région parisienne c’est très dur d’accueillir tout le monde. Imaginez ce que représente 400 licenciées. Il faut aussi de la formation, des éducateurs, il faut être attractif.

Deux joueuses du PFC, Charlotte Bilbault et Gaëtane Thiney portent les couleurs de l’équipe de France.

C’est bien pour le club et les joueuses. Dans un court trajet de haut niveau il faut se dépêcher. Pour les joueuses en équipe de France, c’est magnifique !

L’équipe féminine du PFC féminine termine la saison avec 32 points à la 5e place, elle échoue à une marche de la finale de la Coupe France. Les objectifs fixés en ce début de saison ont-ils été tenus ?

Il y a malheureusement des matchs qu’on aurait dû gagner contre Lille ou Rodez en championnat. On est passé à travers, on aurait dû, vu les difficultés de Montpellier cette année, accrocher cette 3e place. On n’a pas pris l’ampleur de la finale. Maintenant, on prépare la saison prochaine. Sandrine Soubeyrand, figure emblématique du foot féminin, est arrivée en novembre, en cours de saison. Il faut recomposer une nouvelle équipe, même si 80 % est déjà en place, pour trouver les perles rares.

Agathe Thiney. Photo Julien Guichard Paris FC

Quelle est la politique de formation et de recrutement pour la section féminine ?

Le Paris Football Club au féminin représente 400 licenciées. On commence au U6, U7 jusqu’à l’équipe D1. Nous avons un centre de formation avec internat pour les jeunes filles U16 qui jouent contre les garçons. Le but est de les amener en U19 puis en D1. La différence entre la formation des garçons et celle des filles est qu’il n’y a pas de contrat pro chez les filles, seuls les garçons peuvent être revendus. Aujourd’hui la formation qu’on dispense se fait quasiment à l’identique. Elisa de Almeida a été promue, c’est une jeune joueuse du cru essonnien qui était au club depuis l’âge de 6 ans. Elisa est montée, montée pour être aujourd’hui la joueuse que l’on connaît.

Finalement, le foot féminin c’est comme chez les hommes mais avec moins d’argent en jeu?

La règle du jeu est pour tout le monde pareil, la seule différence est que les hommes sont en avance sur le réseau. Ils ont beaucoup plus de vidéos et beaucoup plus d’agents. Chez les filles, on démarre depuis trois ou quatre ans et la télé s’y penche depuis un an donc ce n’est pas si simple.

Quels moyens le PFC met-il à disposition de son équipe féminine dans le top 5 de la D1 ?

On a la chance d’avoir un président, Pierre Ferracci, qui souhaite une vraie parité entre hommes et femmes. On a inauguré en mai dernier le centre d’entrainement d’Orly avec des moyens non égalés en France. Le seul club que je connaisse, c’est celui de l’Arsenal, en Angleterre, qui regroupe dans le même centre ses pros filles et garçons. En France, il n’y a que nous. Tous les moyens sont mis en place pour que nos deux équipes professionnelles arrivent à battre le fer : monter en ligue 1 pour les garçons et passer au cap supérieur pour les filles.

Pour le foot féminin, L’OL peut-il aussi servir d’exemple ?

Bien sûr, Jean Michel Aulas a mis des moyens pour que ses joueuses soient sur le toit du monde. Il a été avec Louis Nicollin le premier à miser sur le foot féminin. Le palmarès est impressionnant. 6 titres en ligue des champions. Le mois dernier, elles ont remporté leur 4e titre d’affilé. Elles sont championnes de France depuis 2007. Lyon dispose du plus gros budget en France avec le PSG. La différence est que filles et garçons sont à part. Chez nous, ils et elles se croisent tous les jours, les valeurs sont complètement différentes. L’idée de Pierre Ferracci était que toutes les équipes travaillent au même endroit.

Alors que toutes les joueuses ne vivent pas encore de leur jeu au Paris FC, comment concilier foot et fin de mois ?

Elles ont un double projet en travaillant à mi-temps pour le club. Par exemple Gaëtane Thiney travaille à la direction technique nationale de la fédération. L’attaquante est chargée du développement du football féminin chez les enfants et ados. Les filles qui vivent de leur jeu, il n’y en a pas beaucoup aujourd’hui. 80 % des joueuses de D1 vivent d’un double projet. Certaines joueuses souhaitent aussi garder un équilibre en ne faisant pas que du foot. Et puis, lorsqu’une joueuse arrête sa carrière, il faut souhaiter qu’elle ait fait une formation professionnelle.

Cela n’est-il pas «inégalitaire» par rapport aux hommes ?

Certes mais cela fait partie de leur vie. Lorsque vous discutez avec elles, Gaëtane ou une autre joueuse, elles vous disent qu’elles ont besoin d’équilibre. C’est vachement mieux que ce que l’on a connu, il y a six ou sept ans, lorsque les joueuses s’entraînaient à 19h30/20h. Chez les hommes, on a tellement de moyens financiers que je pense que l’on perd un peu de fraîcheur. Alors chez les filles, on devrait garder cette composante « socio-pro » et s’assurer que les joueuses puissent assurer cette double carrière.

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Commentaires

  • Je suis ravi que Charlotte Bilbault et Gaëtane Thiney aient été convoquées par Corinne Diacre pour disputer les matchs de qualifications à l’Euro 2021. D’ailleurs, elles ont réalisé une belle performance contre l’équipe féminine de Serbie de Football.

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